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David
Bonjour, je m'appelle David, je suis professeur de pratique professionnelle en mécanique machine-outil, ça fait vingt-cinq ans maintenant.
David
Quand je suis rentré comme professeur, j'étais un homme très heureux, j'ai toujours voulu faire ce métier, pouvoir enseigner une partie que je connais aux jeunes et c'était merveilleux, ça marchait vraiment bien. Avec les années ça s'est dégradé, de plus en plus, j'ai commencé à prendre du poids, énormément. Les élèves sont devenus insultants. Ils n'ont plus de respect pour eux-mêmes, ni pour les professeurs. Faut dire que j'enseigne en deuxième professionnelle. C'est pas évident du tout. Ils sont à la limite de l'enseignement spécial, donc je parlais du respect des choses, d'eux-mêmes, de leur corps. Entre eux, ils ne se respectent pas. Ils ne respectent pas l'outillage, les machines mises à leur disposition, ça coûte très cher, je supporte plus toutes ces choses-, c'est impossible, je supporte pas, parce que j'ai quand même une conscience professionnelle, c'est grâce à ça que j'ai pu réaliser ma vie, grâce à l'outil et voir qu'on détruit l'outil par pur plaisir, je n'ai pas accepté.
David
Je ne supporte plus les élèves depuis un petit temps. Ça fait plusieurs années, j'ai attrapé des problèmes de santé, j'ai commencé par faire un mi-temps, parce que ça n'allait vraiment pas et maintenant je ne fonctionne plus à l'école, j'ai arrêté, je suis en congé de maladie.
David
C'est quelque chose pour moi qui m'a perturbé très fort, je ne dors plus, j'ai attrapé trois ulcères, j'ai des artères qui se bouchent, je me soigne, et ça c'est grave, j'ai arrêté pour plusieurs raisons.
David
C'est quand je vais à l'école, je suis très malheureux et je me suis surpris trois fois en une année à passer aux mains avec des élèves, ce qui veut dire que j'ai répondu à leur violence par la violence. Ça j'estime qu'un enseignant n'a pas le droit, je ne pouvais plus travailler comme ça, c'était vraiment, c'était impossible, ne pas dormir, retourner travailler, non et ça fait maintenant deux mois que je ne travaille plus, je n'ai pas repris au mois de septembre, je suis allé à l'école y'a une quinzaine de jours pour signer mes papiers de mise en disponibilité, parce que j'ai une disponibilité partielle de quinze heures, ça fait maintenant une douzaine d'années, et cette mise en disponibilité, je l'ai mal vécue d'ailleurs.
David
Rien que le fait d'aller à l'école et de passer devant l'atelier j'étais, pour dire bonjour à mes collègues, je me suis senti mal, j'avais la tête qui tournait, je leur parlais, je ne les entendais pas bien me répondre, ils me demandaient quand est-ce que je revenais, je leur ai dit: «Plus jamais, plus jamais
David
Ils m'ont dit: «Mais tu touches rien grand-chose, comme ça. Et ta pensionJe m'en fous de la pension, je m'en fous royalement, j'ai dit, je peux plus revenir, je viens plus et je leur ai dit au revoir, je suis parti et en revenant dans la voiture, j'ai crié: «Nom de dieu, je suis bien comme ça, je veux plus jamais y retournerEt ça, c'est ce qui s'est passé réellement.
David
Alors je disais aussi que la mise en disponibilité a été très mal vécue, parce que pendant une dizaine d'années on a besoin de vous, ça marche très bien, puis tout d'une fois, on n'a plus de travail pour vous, vous devez aller dans une autre école; dans cette autre école, on est obligé de vous prendre pour le nombre d'heures de votre disponibilité, puisqu'ils ont un trou, mais ils ne veulent pas de vous.
David
Au point de vue des collègues, ça s'est toujours bien passé, au point de vue direction, j'suis allé dans deux écoles différentes, ça s'est mal passé; on m'a mis des bâtons dans les roues, on m'a bien fait comprendre qu'il valait mieux que je ne postule pas pour être nommé, sans jamais me le dire, on me demandait de faire des choses qui n'étaient pas prévues, puis je ramassais l'inspecteur, qui n'était pas content, ça se passait pas bien.
David
Vivre comme ça, c'est dégradant, j'suis désolé maintenant, l'école pour moi, c'est terminé, j'attends d'être mis à la retraite anticipée, pour cause de maladie. J'ai peur qu'on me renvoie travailler. Si on me renvoie, j'y retournerai, c'est un fait certain, mais deux heures pas plus, puis je me casse, je peux plus rester, j'peux plus y aller, c'est fini et je dois dire que j'ai fait autre chose, je ne m'ennuie pas à la maison, je passe pas mon temps à regarder la télévision.
David
Je me lève toujours à la même heure que quand je partais à l'école, je m'occupe, je vais au bassin de natation trois fois par semaine, je fais de la marche une fois par semaine parce que je n'aime pas mais j'estime que je dois en faire, je me suis construit, en vue de ma pension plus tard, un atelier pour bricoler avec des machines-outils puisque c'est mon métier, j'adore ça, ça m'arrive de réaliser des petites pièces, des trucs qui me font plaisir, c'est mon outillage, personne ne me le casse, personne ne me le détruit.
David
J'ai un très grand respect pour ça, je suis très heureux, et j'ai créé en 1994 un club vidéo parce que je fais du cinéma, avant je faisais de la photo, puis j'ai fait du cinéma amateur maintenant je fais de la vidéo amateur dansassez perfectionné, puisqu'on réalise des scenarii.
David
Ça me plaît bien, je m'occupe encore de personnes, puisque je leur montre comment ça fonctionne puisque je suis président du club, je suis heureux, et la plus belle des choses qui m'est arrivée y'a pas longtemps, y'a neuf mois, c'est la naissance de mon petit-fils, ça c'était super et je vis pour lui maintenant.
David
Voilà je crois que j'ai vidé mon sac, j'espère qu'on me laissera tranquille et qu'on me laissera un peu vivre maintenant, pour mon petit-fils, ma femme et pour moi-même mais retourner à l'école, jamais.