Temoignage de Patrick après l'exercice du 12-02-2012

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Jai dabord suivi ce qui se passait dans le groupe Mairie jai senti quils avaient bien endossé le costume de leur rôle pour vraiment partir dans la démarche « on veut faire bouger les choses autour du village, des zones humides, etc. Au départ, leurs post-its étaient juste des mots, comme ce post-it « hébergement », surtout des enjeux en terme de développement sur lesquels ils allaient pouvoir agir. La sensation que jai eue cest quils sont partis un peu top-down, un peu par les grands enjeux : développement économique, création demplois, et jai limpression, même si je nai pas ensuite été avec eux tout le temps, quils ont ensuite décliné les enjeux de façon plus concrète sur le territoire , lorsquil y avait des thèmes plus précis, comme « cultiver du chanvre industriel » ou « aménagement de complexe hôtelier ».
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Puis je suis plus resté avec le groupe PNR : à ce que javais vu de loin de leur début, ce groupe PNR avait dabord eu un peu de mal à formaliser des items, en gros au bout de 5-10mn ils navaient toujours écrit quasiment aucun post-it. Du coup je me suis placé davantage dans une logique danimation, pour les inciter à écrire et jai insisté sur le fait de ne pas se limiter aux enjeux, aux objectifs, mais aussi dinclure tout ce quils pouvaient se poser comme questions. Ils avaient bien endossé le rôle et discutaient beaucoup entre eux mais ils cherchaient à être précis et avaient du mal à passer à lécriture. Ils discutaient de thématiques comme le « land sharing » ou la question dans leur rôle politique de Parc Naturel de sappuyer sur des chercheurs neutres. Il cherchaient notamment des références ailleurs pour sappuyer dessus, pour justifier chaque projet.
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Cest une attitude que jai aussi notée pour les « Alternatifs », que jai rejoints ensuite. Ils ont interagi beaucoup, de façon individuelle avec les autres groupes, et se sont préoccupés de récapituler ce que proposaient les autres acteurs. Ils ont davantage décliné ce quils proposaient comme Alternatifs, dans la deuxième partie de lAtelier consacrée à la réflexivité, il sont rentrés davantage dans le débat sur les techniques et jai eu le sentiment que leurs propositions commençaient à mieux se construire. La confrontation avec la Coopérative sur les techniques agricoles sest continuée à ce moment-, par exemple quand Jean-Pierre de lacteur Alternatifs a posé, justement à lacteur Coopérative, le problème de quelle prise en compte du « temps long ». Le thème de lappropriation du territoire, autour des propositions de corridor, est revenu aussi alors dans les discussions.
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Pour moi, la deuxième partie a fait émerger les points de confrontation qui avaient été progressivement définis dans le cadre de la première partie. Et dans mon impression les trois autres acteurs se sont retrouvés à se tourner contre la Mairie, cela faisait émerger une sorte de recherche darbitre, sur des points très précis comme laffectation des zones, sur la transformation des zones humides, sur lappropriation du territoire. En terme danalyse de la méthode suivie, les post-its et les annotations permettent de définir les points de confrontation, ainsi que les liens croisés entre les différents groupes sur des points beaucoup plus précis, de leur donner une trace, et de ne pas se fixer sur une confrontation globale par exemple sur laffectation des différentes zones du territoire. Lapport de la méthode à ce niveau est de pouvoir mieux décomposer lensemble des points ils sont daccord, ou plus ou moins daccord, et de donner une trace écrite, appelons ça « items » pour faire simple, sur chacun de ces points.
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Ces points ne sont pas apparus tout de suite, ils se sont répondus les uns aux autres, et il y a eu un phénomène de conception. Les liens intergroupes, avec ou sans post-its sur le tableaux des autres, ont impacté sur la construction, la définition des post-its, le fait davoir à la fois des items ils pouvaient sentendre et travailler ensemble entre acteurs différents ; également des points sur lesquels ils ne pouvaient pas sentendre ; et entre les deux, des points sur lesquels ils ne pouvaient pas sentendre mais peuvent peut-être travailler.  En intégrant le facteur temps de latelier, donc la progression lors de son déroulement, cela identifiait beaucoup plus, dans la co-construction, les points sur lesquels « ça passe » en impactant la construction de ces points : cela impacte la définition de ces points, mais aussi cela se traduit pas des définitions de ces points sur lesquels ils ne sont pas daccord.
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La deuxième partie de latelier, qui a suivi, pour moi a bien concrétisé ça : comme pour les points sur lesquels dans un groupe ils endossaient le même rôle, ils avaient donc déjà établi leur ligne de position, quasiment, le fait dans cette deuxième partie de ne pas passer par les post-its a raidi les positions : la façon de débattre portait beaucoup sur plus la confrontation de façon globale, en séance plénière, avec un jeu de ping-pong, on est resté après cette partie sur sensation de confrontation tout le monde se trouvait contre la Mairie. Je précise que jétais à ce moment à la table des agriculteurs Alternatifs et jai eu nettement cette impression, de plusieurs alliance opportunistes entre la Coopérative, les Alternatifs et le PNR, contre la Mairie. Autour de la question de départs comment allez vous faire pour mettre en oeuvre laménagement de la zone etc., cest une réaction quil y a eu après que la Mairie ait proposé tout un cheminement de concertation et dappel aux experts, et même déjà avant, la Mairie était en position de se justifier par rapport à des attaques telles que celle de la Coopérative qui en gros mettait en doute sur le fond la méthode pour transformer le territoire dans un but de valorisation.
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Donc en résumé, la deuxième partie qui a tourné plus à la confrontation a donné des positions plus tranchées entres les différents groupes. Par opposition, dans la première partie de lAtelier, les points de confrontation existaient mais étaient beaucoup plus liés et étaient modifié dans le temps par le type de méthode de construction de la représentation, sur chaque item ils pouvaient aller voir chaque groupe et modifier en fonction des retours chaque question abordée. Dans mes souvenirs de lacteur Coopérative, ce groupe était plus structuré et plus efficace, je pense quil y a un facteur de personnalité des participants qui a joué, ils sont passés directement à la géolocalisation des questions. Ils travaillaient rapidement sur le territoire par le biais de la carte, ils étaient plus efficaces et davantage dans une instrumentalisation des post-its définis par les autres groupes, il essayaient de réagir à chaque question qui pouvait se trouver traitée ou posée, pour répondre ou modifier les leurs, dans leurs buts de stimuler lagriculture et une transition Weak sur leur territoire. Il ont dabord écrit « land spanning » en annotation de la carte, puis ont éprouvé le besoin de préciser davantage en annotant cette annotation avec le mor « weak », comme si cétait nécessaire de bien repréciser quils souhaitaient interpréter « land spanning » de cette façon et seulement de cette façon.
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Le groupe Coopérative, ce sont les seuls, de mémoire, à avoir travaillé en termes de superficies, il sont entrés dans une logique plus productiviste, plus efficace, en prenant en compte au fur et à mesure de leur process tous les éléments qui pouvaient surgir, et adapter ces éléments, mais sans changer leur ligne. Ils nont rien changé, ils ont juste adapté, à la marge. Le post-it « membre du conseil du PNR », je linterprète comme devenir ou rester membre de ce conseil « pour faire poids sur les décision du PNR ». Du point de vue du dispositif, lexercice a largement confirmé la sensation que javais que, dans le cadre de ce projet qui impliquait des agronomes, des économistes, etc., cest à dire toutes sortes de chercheurs qui travaillent beaucoup sur le territoire, à partir dune carte, bien quil y ait eu pas mal de post-its qui nétaient pas localisés par rapport à la carte, je me souviens quil y a eu beaucoup de questions posés par rapport à la carte.
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Par exemple, en cours datelier il y a eu pas mal de remarques sur le fait que dans la vue davion proposée pour le village, la zone nétait pas assez grande, quon navait pas une vision suffisamment large, cela aurait aussi été intéressant davoir cette vue détaillé pour les zones agricoles des villages voisins. Ces remarques sont venues de la Coopérative par exemple ; aussi ils ont noté que léchelle nétait pas indiquée. Il y aurait eu besoin de visualisations à différentes échelles pour voir dans quel contexte agricole sinsérait cette zone. Il faudrait donc dabord améliorer ces possibilités multiples de géolocalisation. Et pour les thématiques liées au territoire qui ne sont pas localisables, comme de aspects institutionnels qui ont leur importance comme « participer au conseil du PNR » je verrais un forum articulé à, ou basculant dans à une base de connaissances organisant par exemple des thématique territoriales.
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On a intérêt à continuer typer les acteurs comme on la fait par avec les couleurs pour des post-its. Dun côté, il y a aurait aussi à prendre en compte la remarque que les membres dun Acteur ne se retrouvent pas forcément dans une position monolithique de cet Acteurcar un membre du PNR peut se trouver également agriculteur, avoir envie de défendre les positions de la Mairie, etc., comme la question a été posée dans le débriefing final de lexercice -. Mais dun autre côté, je pense que cette remarque était peu pertinente, au vu de lespèce de spontanéité avec laquelle dans la partie de lexercice les participants ont endossé leur rôle. Les acteurs sont nombreux à être ainsi multi-rôles dans la réalité, mais dans le cadre de leur action, de son quotidien, des projets dans lesquels ils sont, ils nendossent quun rôle à la fois, ils cherchent à être cohérents dans ce rôle, dans le rôle délu, etc. Donc, si on garde lidée du code couleur, lidentification peut être faite nommément, avec la personne tout simplement, mais ensuite en se servant de la couleur, la personne pourra choisir pour sexprimer la couleur du groupe Mairie, du groupe Coopérative, etc., en fonction de son intervention.
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Dans le travail en commissions, comme peut-être dans les ateliers participatifs prévus au printemps prochain, il y aura des agriculteurs ou des scientifiques qui pourront sidentifier tour à tour aux positions Weak ou Strong, etc., il y aura de la pluralité au sein même dun commission, mais lidée serait que si un agriculteur est lui même élu, ou si un chercheur est impliqué dans une coopérative, au moment et dans le cadre dune commission ce participant nendosserait quune seule casquette. Ce nest pas contradictoire avec le fait quil pourra changer de casquette dans le cadre de la commission suivante. Donc cela me semble pertinent dattribuer un code « couleur dacteur » pour les messages, les annotations, les logiques de catégorisation et de taguage des items. En terme doutillage on a besoin dun principe de codification - après, agir ou pas sur le facteur couleur cest un choix plus technique diconographiemais dans tous les cas pour un message ou une annotation à un moment donné, les gens seront « mono-casquette ».
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Cela nempêche pas quon captera les moments ou à lintérieur du petit groupe il y a des contradictions, que cela permettra de faire bouger les lignes. Mais le contraste que jai noté entre le premier et le second atelier montre lintérêt pour faire bouger les lignes de passer par le premier dispositif pour arriver à un niveau de granularité qui permet didentifier vraiment les points sur lesquels cest plus conflictuel et sur lesquels cela peut bouger. Pour les ateliers à venir, on peut très bien imaginer que par le fait de préciser les enjeux par rapport à une cartographie permette des négociations à un grain plus fin et avec un fort dynamismeexemple envisager déchanger tel élément de territoire contre tel autre élément de territoire - ce qui serait beaucoup plus difficile à faire si on dispose seulement doutils pour une négociation générale et plus lourde.