Réflexions de Joan après l’exercice du 12-02-2015

Q
Quels souvenirs gardes-tu de la préparation juste avant lexercice ?
J1
Le matin de lexercice du 12 février , comme animateur et concepteur de lexercice, jétais arrivé une heure avant ( 8h ) pour préparer la disposition, et compléter le dispositif sur certains détails de dernier moment avec les collègues associés à la préparation. Ensuite lidée était pour les animateurs comme moi, de rester en retrait, de laisser les groupes lire le cas et se constituer solidement en tant que lActeur indiqué pour chacun , sans trop intervenir de lextérieur. Concernant la préparation, vers 8h avec Etienne qui est arrivé assez vite, puis Pascal, nous avons placé les cinq tables et les quatre panneaux qui étaient prévus. Jai marqué en haut de chaque panneau les noms des quatre acteurs, enfin ce que nous avions appelé dans la consigne de lexercice « les Acteurs », cest à dire « la Coopérative », « la Mairie », « le PNR », « les agriculteurs Alternatifs ».
J2
Pour moi les places respectives de ces acteurs et leurs voisinages spatiaux dans la salle elle-même ne sont pas neutres. Surtout si lexercice avait duré plus longtemps, la journée par exemple, on a tout intérêt à penser lespace de la salle comme une métaphore du territoire du village. Jai tenté doptimiser lordre de voisinage des acteurs dans cet esprit, avec pas trop loin lun de lautre, au Nord et Nord-Est - les Agriculteurs (« la Coopérative » et « les Alternatifs ») et ensuite à lEst le PNR. Je pensais alors que ce serait plus approprié de mettre le PNR du coté des Alternatifs, car cest avec eux quils ont sans doute le plus de ponts communs, sur des questions comme la biodiversité. Quant au point Sud, que jai attribué à la Mairie, il était une sorte de point focal permettant une bonne vue et un recul sur les trois autres Acteurs. Enfin, la table du cinquième groupe (groupe Observateur) a été mise quelque part vers le milieu. En fait on nétait pas loin du tout du schéma dimplantation initial quand on avait conçu lexercice (avec les groupes A, B, C D de cette figure).
J3
Sur les panneaux verticaux , sur la grande feuille A0 de chaque Acteur, on a achevé de décider (avec Pascal) la position exacte tracer la limite verticale séparant, dune part (au centre et à gauche) la partie carte, dautre part (à droite) la partie marge. On sest mis daccord pour placer cette limite environ au tiers à droite de la feuille. On a aussi renoncé provisoirement à lidée, qui avait été discutée auparavant, de tracer aussi un trait horizontal pour réserver la partie basse de cette image pour les post-its venant des autres acteurs. «- Finalement, est-ce quon met une « zone basse » ? -  Moins on complique, mieux cest. Le fait que les participants aient des post-its de différentes couleurs devrait suffire ».
J4
Autre détail : en collant les cartes A3 sur la feuille A0 je ne me suis pas rendu compte que, sur le panneau de la Coopérative uniquement, je me suis trompé et collé la page A3 avec les deux cartes en inversant le haut et le bas, donc le Nord et le Sud. Je ne men suis rendu compte quun quart dheure après le début de lexercice, en plus cétait drôle car les membres de ce groupe apparemment ne sen étaient pas rendu compte. Quand jai réalisé ça, jétais plutôt embêté, je pensais que cela allait les gêner dans lexercice, et gêner les membres des autres Acteurs quand ils allaient se mettre à voyager pour regarder les cartes les autres. Jai pensé un instant que si pour un acteur tout était inversé par rapport aux autres acteurs, ils auraient du mal à comparer. Mais, les membres de la Coopérative mont répondu que cela ne les gênait pas du tout, ce nétait pas la peine de la décoller et la retourner comme je proposais. Ils avaient commencé à réfléchir sur cette carte à lenvers, déjà en 15mn ils sy étaient habitués, pas la peine de changer. Ensuite cette différence na eu lair de gêner personne, même des autres groupes quand ils ont commencé à circuler.
J5
Dans le même ordre didée, Il y a eu dautres petites erreurs qui ont été découvertes en cours de route. Par exemple, après une quarantaine de minutes de lexercice, quand une participante, toujours du groupe Coopérative, ma demandé, sur leur carte densemble, quelle était la distance entre le village et le lac (jai eu limpression que cétait le moment ce groupe commençait à sintéresser un peu à autre chose quà lagriculture, à limpact du tourisme je crois), jai réalisé que quand javais fait le montage avant dimprimer les quatre cartes A3, javais fait une autre erreur, javais coupé « léchelle » de la carte. Heureusement comme je connais assez bien la géographie du cas, jai pu lui répondreenviron 3km pour les 5cm en question - jai proposé de rajouter léchelle, et , pareil le groupe ma dit que ce nétait pas la peine, ça leur suffisait. Personne dautre ne ma parlé ensuite de cette absence déchelle, il y avait de toutes façons pas mal dindices pour rétablir les distances réelles, sur la carte comme sur la photo aérienne. Mais, comme pour la carte placée à lenvers, ça ne veut pas dire que le problème na pas été noté ailleurs, ou considéré comme gênant par dautres participants : impossible de le savoir. Mais déjà cest intéressant de voir comment les petits erreurs ou détails venant de la préparation ressortiraient ensuite dans le moment de lexercice lui-même.
Q
Est-ce que ces hypothèses « spatiales » se sont vérifiées ensuite ?
J6
Cest clair que sur la question du voisinage javais fait des hypothèses que les Acteurs iraient plutôt voir dabord leurs « voisins ». En fait, parfois ça sest passé comme ça, parfois pas du tout. Le groupe Coopérative par exemple est resté très longtemps sans aller voir personne, et quand ils ont commencé à le faire, après en gros une demi-heure alors que tous les autres acteurs faisaient circuler déjà depuis 10mn des émissaires (individuels, en général) y compris vers la Coopérative  (donc eux, à « la Coopérative », ils les voyaient venir visiter le panneau Coopérative, ils étaient au courant que ce qui se pratiquait surtout cétaient des émissaires sur ce mode individuel) , bref quand à la Coopérative ils se sont finalement décidés à aller voir ce qui se passait ailleurs, ils se sont mis à se déplacer en bloc, tous les quatre ensemble. Et les premiers quils sont allés voir, ce ne sont pas du tout les Alternatifs, donc les autres agriculteurs comme je laurais pensé, cest au contraire à la Mairie quils ont fait cette première visite. Jaurais men douter, ça aurait être clair que les Alternatifs ils allaient au contraire plutôt les ignorer, et dailleurs les agriculteurs Alternatifs (qui navaient pas tous trop envie de sappeler comme ça, comme on verra plus bas) préférant sidentifier à une réflexion sur lécotourisme par exemple, nont pas trop chercher à se situer sur le même terrain que la Coopérative (des choix et des rotations de culture…), bien que voisins dans la salle ils nont pas du tous cherché une confrontation directe.
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Il me semble avoir aussi observé aussi, , cette sorte de contamination par les comportements du rôle réel sur lequel on a consigne de se calquer, quil est toujours amusant de voir se manifester dans ce genre de jeu. Quand la coopérative a commencé comme ça à se balader, en délégation massive, cétait assez amusant dobserver cette différence, jen ai fait la remarque à Patrick, je lui ai dit que cela me faisait penser à un mode « soviétique » (la Coopérative comme une sorte de groupe dirigeant dun soviet se déplaçant de façon bien organisée - sauto-surveillant les uns les autres, dans la campagne telle quelle la voit, cest à dire bien optimisée - pour aller faire pression sur le Conseil Municipal) . Ils étaient effectivement en train de faire campagne autour dune de leurs idées (requalifier la zone humide « bleue » - non-PNR - en terre agricole, on y reviendra). Dautant plus que dans les autres groupes, dans le groupe Alternatif par exemple, on voyait quil y avait des membres qui sétaient spécialisés en passant beaucoup de temps, méthodiquement en quelque sorte, à faire le tour de chaque autre panneau, parfois recopier certains textes de post-its, mais au contraire toujours en électrons libre, ce qui était plutôt la forme que lon avait suggérée dans la consigne. Dailleurs - comme on la vu sur pas mal dautres points - ça montre bien quil ne faut pas trop sen faire à produire une « consigne de départ » hyper-détaillée, prescriptive, et justifiée de part en part, ça prouve bien quil suffit juste de donner un mode demploi possible, qui sécurise un minimum, mais ensuite les participants font ce quil veulent, et tant mieux.
Q
Comment était envisagée la préparation des participants ?
J8
En fin de la préparation a eu quelques derniers échanges (avec Pascal) sur les points importants à marquer dans la petite présentation de 5 minutes quil devait faire au préalable : on avait pensé par exemple quil fallait y montrer des photos montant comment cela se passait dans la pratique dans des exercices, pour des manoeuvres militaires ou des dispositifs de crise, etc. Il y avait une photo sous la tente dun état-major militaire en exercice, une autre dans un PC de contrôle aérien daéroport, etc., avec à chaque fois des cartes au mur, des écrans et des téléphones, des panneaux pleins dannotations fléchées, dépingles et de post-its. Pour moi cétait lélément-clé de monter çainutile de se lancer pour ces 5 mn dans des éléments théoriques, sur lawareness ou autres.
Q
Quel était pour toi le sens de lexercice ?
J9
Lhorizon de notre problème central - celui de définir la transition écologique (tTAES), les moyens de la tester et de la réaliser - pouvait sembler très éloigné ou absent de lexercice tel que nous le proposions. « Concevoir la tTAES » ne figurait pas explicitement dans la consigne de cet exercice. Mais même sans quil y ait dobjectif théorique aussi général, il me semble que cest dans laction, ici et maintenant dans tous les petits moments pratiques que les participants ont traversé ensemble, quon était au coeur du problème. Ce qui se passe dans ces temps dactivité ne me semble pas un aspect complémentaire ou marginal des travaux de fond sur la tTAESavec une séparation : dun côté les travaux scientifiques qui diraient quoi faire, et de lautre la pratique des acteurs, leurs dilemmes, décisions et intuitions en cours daction, qui appliqueraient ce plan. Il ne fallait pas chercher la tTAES en dehors ou en surplomb de cette pratique. Ou, encore en dautres termes, cest surtout en pratiquant cela quon peut penser queue chose de pertinent sur la tTAES (et la faire). Tout ce quon pense et quon fait trop à distance de cette pratique risque dêtre peut-être erroné, en tous cas beaucoup moins intéressant du point de vue de la conception quon cherche à dégager. Bref je ne dissociais pas lexercice de cette réflexion-.
Q
Le dispositif pour cela a-t-il une importance ?
J10
Rien nest minime ou annexe dans le déroulement, cest pourquoi le dispositif devrait permettre de parler de tous ces détails, pendant la situation de conception, ou après comme je suis en train de le faire. La transition agro-écologique telle que je la vois ce nest pas un concept ni un résultat, quon doit définir, préparer, etc., et ne réaliser que plus tard, demain ou après demain, avec un beau cahier des charges « tTAES-TTB ». Cest au contraire un processus en train de se faire, à tout moment, et pour lequel lexpérience de tous les autres moments vécus par soi-même et par les autres acteurs, disons sous cette égide de la tTAES, du moment quil y a cette dimension de pratique la plus située possible, peuvent servir à nimporte quel acteur. Dès lors la TAE nest pas un concept ou une idéologie mais une façon dagir et dimproviser. Davantage ce qui se passe dans le jazz, ou « lArt de la Fugue », plutôt que la partition toute prête quon naurait quà interpréter. Pour moi cest plutôt une bonne nouvelle, parce que cela veut dire que ce quon pouvait faire dutile pendant cet exercice, en termes dessais ou derreurs dailleurs, cest repérer et apprendre des façons dagir, des patterns, des trucs et astuces associés concernant les supports, etc. Si on trouve pour le dispositif de meilleurs outils, par exemple des fonctionnalités informatisées à la place du support papier, ils ne doivent surtout pas casser cette dynamique-, mais au contraire lamplifier . Mais à lévidence, on reste très éloigné encore de pouvoir implanter effectivement cette perspective dans la conception , vu les outils dont les acteurs disposent pour le moment effectivement, comme la montré la discussion très « raidie » vers 11h, quand la Mairie a par exemple proposé de poursuivre par les formes bien classiques dune « Concertation » faisant appel à des « experts », suscitant des réactions contraires assez violentes, on voyait bien ce qui se passe quand on retombe dans des schémas binaires.
Q
Quel a été lapport de laspect « jeu de rôles » ?
J11
Cest intéressant de voir comment les groupes ont été constitués concrètement. Au moment les participants commençaient à arriver, quelquun ( JEB ou Etienne) a fini par accrocher sur le paroi vitrée, à côté de lentrée de la salle la liste des participants affectés aux cinq groupes, et bien entendu, il y a eu pas mal de micro-problèmes de dernière minute à gérer autour de cette liste - des non-inscrits, des changements, etc. Ce qui était amusant cest que cette liste, qui a vite été pleine de ratures, était bien sur le chemin des arrivants, mais pas du tout assez visible pour quils la remarquent effectivement : et en gros jusquà 9h, tant quon en sest pas décidés à alerter précisément les arrivants sur ce point, tous le monde entrait et se posait un peu partout dans le désordre et la bonne humeur les plus complets. Vers 9h jai vu cette situation je me suis mis à faire le piquet à la porte pour parler individuellement à chacun quand il arrivait, leur montrer la liste et expliquer. Et puis après JEB a pris le micro vers 9h05 pour expliquer prioritairement ce point, alors les participants qui ne savaient pas se placer sont ressortis consulter la liste et re-rentrés, tout le monde sest retrouvé à sa table et on a pu commencer vers 9h10. Chacun des 4 Acteurs du terrain était porté par un groupe de 4 à 6 personnes (total 22 personnes) plus les 4 personnes dans le « groupe Observateur » et les 3 animateurs.
J12
Le fait pour un participant dêtre affecté à un rôle nest pas du tout évident, surtout quand cette affectation est faite de façon directive, et dailleurs cela avait fait lobjet de discussions au moment de la préparation, jétais plutôt partisan de laisser les arrivants choisir leur table. Pascal avait proposé quau contraire des affectations précises de tous soient préparées à lavance et que ce soit le staff TTB qui prescrive laffectation. Je métais rangé vite à son argument - quon navait pas trop de temps, et que le groupe dans son ensemble perdrait du temps et de la concentration si tout le monde devait hésiter sur son choix, rechanger de place après le topo introductif, etc. On avait donc fait le choix dune affectation « directive ».
J13
Être chacun affecté à un rôle, par ailleurs, nest pas du tout évident à vivre individuellement, parce que lacteur doit passer de laffectation à lendossement (proactif) du rôle, qui suppose sa compréhension et son adhésion. Cependant tout le monde, dans les 22 personnes impliquées les plus directement dans le jeu, a instantanément accepté et intégré la convention dès que le mot « jeu de rôles » a été prononcé. Chaque groupe disposait par écrit, dans la consigne écrite disposée sur toutes les tables qui incluait le résumé du cas terrain, de deux ou trois phrases définissant (un peu à lemporte-pièces, cela avait été voulu comme ça, pas trop précis) quel était le profil de son « Acteur » . Dans la préparation on navait pas cherché à répondre à toutes les questions qui auraient permis de totalement « préciser » ce profil. Du coup ces quelques mots avaient un dautant plus grand pouvoir (et dabord le nom de lActeur, marqué aussi en capitales sur chaque tableau 2mx2m). Et je pense quon peut considérer, en regardant lensemble de lexercice, que chacun à assumé et porté le choix de jouer au mieux le rôle dActeur qui lui était demandé, par un endossement assez volontariste, en laissant de côté ses autres facettes, opinions perso ou points de vue dautre métiers ou acteurs, que chacun pourtant aurait aimé ou était conscient de porter potentiellement.
Q
Lindividu doit-il assumer un seul rôle ?
J14
Ce point a fait surface lors du débriefing, dans le commentaire dune membre du groupe « Coopérative », qui a parlé de « trop détanchéité dans le rôle», un peu comme dun biais ou dune contrainte embêtante quil faudrait chercher à dépasser un jour. Cette « étanchéité dans le rôle » évoque une sorte de cloison que le participant visualise, il sestime devoir sefforcer de créer cette cloison en son sein propre entre son rôle et les autres rôles, « en oubliant quon était aussi partagé, quon portait aussi en soi dautres dimensions quon aurait bien aimé jouer » – je nai malheureusement pas noté les termes exacts de la membre du groupe « Coopérative ». Donc et cest ce qui se joue dès cette affectation et cet endossement, une fois prononcé le mot « jeu de rôle » et lengagement accepté par lindividu, il y a sans aucun doute une certaine violence, ici vécue comme autolimitation ou autocensure, et une réaction qui fait quon va avoir besoin den parler, pendant, après, de commenter, den parler entre joueurs, et évidemment de jouer, et quon va aussi avoir des réflexions qui viennent, en assez grand nombre, sur le frottement qui est en train de se produire. Chacun des participants a potentiellement son petit journal dexpérience, plein de commentaires et de réflexions cruciales, dabord sur lexercice, sur son rôle, sur sa distance à son rôle, mais aussi, sur le fond du truc qui est toujours ce problème de la transition agro-écologique qui nous réunit et motive tout ça. Lexercice devrait nous permettre daccéder aussi à cela. (Et ce quon tente de faire ici en permettant lannotation multipoints-de-vue des récit a-posteriori, sur ce système Cassandre/Lasuli devrait leur être étendu). Il y a aussi pas mal de réflexions précieuses qui viennent aux participants, « à chaud » ou juste après, par exemple quand on est confrontés au conflits et aux rapports de force, quand ce quon pense faire passer comme élément de solution, même modeste, se trouve bloqué ou refusé, comment on cherche à mieux exprimer, à convaincre, à réécrir eu meilleur post-it, à faire une micro-alliance, pourquoi ça rate, etc. Comme je le disais déjà tout à lheure, je ne sais pas si on parviendra à définir ce quest la tTAES, les règles générales déclinables dans tous les cas pour cela, etc.. Mais je sais quau moins les acteurs auront des éléments pour refaire cet exercice, apprendre ce que nous y avons appris, et que cette pratique sera utile dans toute tTAES.
Q
Comment intégrer ce travail pratique avec la réflexion de fond sur la tTAES ?
J15
Quelquun, Nanou je crois, à prononcé plus tard le mot de « générique » « on a fait un exercice on na pas parlé de transition agro-écologique, on na pas avancé sur les éléments génériques… » . Cest très juste, bien que nous ayions tous plus ou moins en tête la tTAES  comme une sorte d’« invisible » de lexercice, partie immergée de liceberg. Cela prouve en passant que pendant la pratique nous sommes nombreux à éprouver la nécessité de relier ces niveaux (le « micro » et le « générique ») souci qui revient à intervalles réguliers. Aussi les réflexions qui tentent daller dans ce sens sont dautant plus intéressantes quand elles viennent de la contrainte dêtre plongé dans laction, même si cest celle dun jeu de rôle. Pour moi les réflexions « à chaud » quon a alors constituent des connaissances de haut niveau dans lobjectif dune conception de la tTAES, il faudrait pouvoir les capter et les rendre explicites. Pour ma part je trouve ça très bien quil y ait ces étapes dexercice ne donnant aux acteurs aucun objectif explicite de construction conceptuelle théorique. Je me réfère ici aux approches pragmatiques et constructivistes de lenquête (J.Dewey) : consacrons énergie et temps à faire (lenquête elle-même) plutôt quà discuter de ce qui est lappareillage conceptuel (de lenquête), lenquête est tout à la fois, indissociablement.
Q
Quid des « points de vue » et des « connaissances » ?
J16
Il y a un ensemble de relations et de tensions dont forcément le joueur a une expérience accrue dans le temps du jeu de rôle. Cest ce frottement qui, à mon sens, amenait cette participante à souligner ce « trop détanchéité du rôle ». Elle linterprétait surtout je pense comme une critique et une limite du jeu de rôle en tant quexercice. Mais on peut tout aussi bien considérer que cest le contraire, je veux dire : parce que les autres rôles existent, quon les voit, quon les rencontre, quon sy frotte et quon sy affronte, tout en les jugulant en interne chez soi, mais ils existent à létat de possibles, bref quétant en interaction avec le jeu des autres rôles on « vit aussi le jeu de leur point de vue », on éprouve aussi lexpérience par procuration, par désir, par empathie ou de mille façons. Si on disposait du dispositif ad hoc, on pourrait tout aussi bien rejouer ensuite le même « jeu sérieux » en prenant un de ces autres rôles, et alors tour à tour, « à tour de rôles », connaitre et exprimer aussi cet autre, en particulier les points de vue minoritaires, comparer, relativiser, changer. Et , cest tout le contraire de senfermer. Cest une perspective de jeu de rôle ouvert, qui aurait beaucoup dintérêt pour lapprentissage de la coopération inter-points de vue.
J17
Concernant les « connaissances », la question que jai posée à un moment à lacteur «Alternatifs » sur leur proposition de « biodivduc » (je ne savais pas en quoi cela consistait) a été pour moi loccasion de réfléchir ensuite au type de « connaissances » qui sont en jeu dans ce travail participatif. Depuis le début de lexercice les « éléments » en jeu, très nombreux, sont à prendre dans un sens très large informations, idées, interprétations, messages, signes placés sur la carte, bribes de conversation tous ces éléments (souvent oraux et parfois écrits texte ou graphiques) mis en jeu tous azimuts par les 29 participants, véhiculent des connaissances, situées par la double situation du terrain et du débat de conception. Et on na vu apparaitre en tant que telles que très peu de « connaissances au sens classique » par exemple de type encyclopédique, ou des savoirs experts exprimés en tant que tels. On na pas vu non plus sexprimer des besoins en connaissances classiques (à ce titre jai surtout observé des besoin en information, telles que la distance du lac au village, lexistence ou non dune base nautique sur le lac, le nombre de membres de lintercommunauté, la sociologie du Conseil Municipal…) . Mon interrogation sur le « biodivduc », est représentative dune « connaissance » de type classique type Wikipédia , à mon avis relativement secondaire dans une activité de co-conception en situation de controverse telle quon est en train de la vivre (de plus les acteurs ont avec eux des smartphones - plusieurs fois dailleurs jen ai vu certains chercher les renseignements qui leur manquaient sur Googlemap ou Wikipedia, notamment pour des renseignements géographiques manquant au dossier ; jaurais très bien pu suivre cette voie aussi pour mon ignorance sur les Biodivducs, mais ma question était un bon prétexte dentrée en matière pour parler dautres choses ensuite) . Cependant, on devra se demander si le besoin en « connaissances classiques » ne risquerait-il pas de revenir plus souvent si dans la coconception on se rapprochait dune étape les métiers différents devraient manier avec précision des référentiels plus compliqués liés aux connaissances métiers des autres métiers, pas encore documentées de façon généraliste (par exemple si les agronomes devaient semparer des référentiels de services écosystémiques élaborés par les écologues, ou inversement, on naurait pas grand chose pour le moment sur Wikipedia). Ma première expérience des Services éco-systépiques (SES) (parce quon a esquissé par ailleurs un début dinventaire, dans le village du cas) me pousserait à penser plutôt, dune part que les référentiels sur lesquels on peut sappuyer dans une optique de connaissance encyclopédique classique sont peu satisfaisants pour les SES, et que dautre part comme les SES réels sont très situationnels, leurs définitions et généralisations sont elles-mêmes à considérer comme un processus participatif presque sans fin, demandant des paradigmes de co-construction multipoints de vue plus dynamiques que ceux de Wikipedia, bref on retombe sur la direction quon est en train dindiquer actuellement.
Q
Comment faire pour compiler ce qui sest passé « réellement » pendant lexercice ?
J18
Ce site Web expérimental « Cassandre+Lasuli » est pour moi une partie de la réponse, car on peut ainsi fournir une vue polyscopique, ou kaléidoscopique, de plusieurs témoignages, croisant les regards de scientifiques de différentes disciplines et de praticiens. Jai aussi essayé disoler (dans un autre document du corpus) , les quelques éléments de description les plus « factuels » des traces que jai pu noter, selon la chronologie .
J19
A mi-parcours de lexercice, par exemple je constatais que les échanges sétaient intensifiés : la salle ressemble à une petite ruche tout le monde sactivait, avec de nombreuses discussions un peu partout et un peu de circulation entre les tables. Mais comment savoir ce qui se passait ? Qui était en tain de gagner le match, et dailleurs, quel est exactement le match en cours ? Impossible à un participant dy répondre. Car à les regarder plus précisément les informations et messages qui durant les 30 premières minutes avaient été matérialisées sur les panneaux sont peu de choses par rapport à ce qui sélabore et circule réellement comme enjeux, idées, conflits, etc. Jen vois certains aspects quand je choisis à my intéresser un peu plus près (sans pour autant me mettre à agir au profit de tel ou tel acteur), mais alors, en ciblant ainsi davantage on voit que certaines informations manquent aux acteurs, quil ont du al à formuler et communiquer efficacement, que certaines propositions ou arguments mettent du temps à cheminer, avec des messages qui ont du mal à de répondre entre eux. Par exemple il sera intéressant de voir en fin dexercice si lidée quon peut faire certaines choses avec lobservation par drone (sur le panneau « Coopérative ») à été reçue (déclinée ou reprise) par dautres comme le PNR, qui a aussi des problèmes de suivi danimaux et de plantes (ce ne sera pas le cas) .
Q
Quel bilan du dispositif ?
J20
Dans lensemble on a pu voir que le dispositif proposé, évite lengorgement (quon aurait eu si on avait eu les 4 acteurs donc les 22 personnes ensemble co-concevant sur un seul grand tableau et une seule carte). Sans doute ainsi, avec un seul panneau centralisé, on aurait eu davantage laffrontement des leaders, moins de signaux faibles, moins de distribution de lactivité - associant au contraire des points de vue plus nombreux et plus fins dans le dispositifs actuel ) . Le dispositif proposé certes amenait des idées et opportunités intéressantes, mais restait faible dans sa capacité pratique à les soutenir et les transporter. Cest aussi pour cela quil faudrait un exercice plus long et mieux préparé au niveau des détails du cas. Il manque une horodatation permettant de connaître lordre de ces annotations et messages. Déjà à ce stade on pressent quelques hypothèses (quil faudrait vérifier) : le dispositif proposé, je pense a augmenté le nombre, lintérêt et la productivité des élaborations décentralisées (ou même « pair à pair »). Mais il ne permet pas à tous dêtre au courant de tout ce qui se passe, de constituer notamment toutes les stratégies (micro-alliances) quon pourrait imaginer autour de certain idées ou items du territoire. Dun autre côté, parce que la circulation est favorisée, il multiplie les opportunités de micro-alliances et les générations de signaux faibles, les micro-débats et lexpression de points de vue qui auraient peu être ignorés (e.g. dans un « débat damphi » panoramique entre ténors). Mais il manque des parties au dispositif pour bien arriver à ces résultats.